Guérir la blessure de l’épouse

Par la blessure au talon (Gn3,15) s’écoulent les énergies, la sève qui a pour raison d’être de faire croître l’Arbre qu’est l’Homme.
Avec Jacob tenant dans sa main, à sa naissance, le talon de son frère nous découvrons les prémices d’une guérison. Avec Marie-Madeleine essuyant les pieds du Christ avec ses cheveux se dessine le retournement de l’humanité vers sa guérison. Avec le Christ, médecin cosmique lavant les pieds des apôtres, nous participons à la guérison totale de l’humanité.

Il est classique de voir dans le geste du Christ qui lave les pieds de ses apôtres le symbole même de l’humilité de celui qui, bien que Maître, Se fait serviteur.
Oui, c’est juste. Mais il y a là beaucoup plus.

[…]Dans nos sociétés fonctionnelles qui n’ont plus aucun sens du symbole, ce sont nos mains que nous lavons avant un repas. Lorsque Pilate se lave les mains, cela veut dire qu’il ne veut pas connaitre. Les mains […] sont symbole de connaissance. « Je ne veux pas le savoir, je ne veux pas m’en mêler, je n’ai aucune compétence à ce sujet », veut ainsi dire Pilate en déclinant toute responsabilité.

Mais avant de participer au repas mystique qui va les introduire par anticipation au banquet des noces divino-humaines, les apôtres doivent être ramenés à leurs normes ontologiques. Christ […] lave leurs pieds. Il guérit ainsi la plaie de l’humanité, dont symboliquement les pieds sont porteurs, car ils potentialisent l’être malade tout entier.

« De la plante du pied jusqu’à la tête, rien n’est en bon état. Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives […] » dit Ésaie pleurant le péché de l’humanité que symbolise Israël. (És 1, 5-7)
[…] Moïse reçoit l’ordre d’enlever ses chaussures devant le buisson ardent. Ce dernier, symbole de l’Arbre de Vie qu’embrase le Feu de Vie, le Feu qui ne consume pas, est enraciné dans une terre pure. Aucun corps étranger ne doit séparer les pieds de l’Homme de la terre-mère.
Les musulmans, restés conscients de cette tradition, se déchaussent en entrant dans la mosquée. C’est aussi pieds nus que s’accomplissent dans les différentes traditions les mystères initiatiques. Cette nudité physique implique le dépouillement psychique et spirituel de l’être.

[…] L’Homme désirant reprendre contact avec Celui dont il a été séparé par une erreur vient « se jeter aux pieds » de ce dernier. C’est le geste de Marie-Madeleine, la prostituée (Lc 7, 37-38) […] Marie-Madeleine pleure ; elle mouille de ses larmes les pieds du Christ, les essuie de ses cheveux et les oint de parfum.
[…] N’est-ce pas cette même femme dont l’Évangile tait le nom et qui, au soir de la Passion, répand sur la tête du Christ « un parfum de nard pur de grand prix » (Mc 14, 3) ?

Des pieds jusqu’à la tête le corps entier est devenu parfum.

(Le Symbolisme du Corps Humain ; pg 146-148 ; Albin Michel 2020)