Nous n’écoutons pas. Nous sommes entourés par trop de bruits ; trop de bavardages, de questions, de demandes, de pulsions et de contraintes nous habitent. Nous sommes préoccupés par tant de choses et jamais nous n’en écoutons aucune complètement, totalement, jusqu’au bout.
Mais si vous voulez écouter, vous verrez, malgré vous, que la mutation, cette vacuité, cette transformation, cette perception de la vérité se fait jour. Vous n’avez rien à faire car ce que vous faites sera toujours une entrave parce que vous êtes avide, envieux, rempli de haine, d’ambition et de tous les maux que la pensée peut produire.
Si vous pouvez donc écouter avec bonheur et sans efforts, vous saurez peut-être, dans un silence profond et paisible, ce qu’est la vérité. Seule cette vérité libère, et rien d’autre.
C’est pourquoi vous devez rester complètement seul.
Vous ne pouvez pas écouter par l’entremise de l’autre.
Vous ne pouvez pas voir avec les yeux de l’autre.
Vous ne pouvez pas penser avec les pensées des autres.
Mais pourtant, vous écoutez à travers l’autre, vous voyez à travers les actes, les affirmations des autres et par l’entremise des saints.
Si vous pouvez donc écarter toutes ces choses de seconde main, les actes des autres, et rester simplement tranquille à écouter, vous pourrez alors découvrir.
Vous savez, lorsque vous regardez un coucher de soleil, un beau visage, une jolie feuille ou une fleur, lorsque vous les voyez vraiment, il existe un espace entre vous et cette fleur, cette beauté, cette merveille, ou entre vous et la souffrance, la misère que vous regardez. Il existe un espace, vous ne l’avez pas créé, il est là. Vous ne pouvez rien faire pour l’élargir ou le rétrécir, il est là.
Mais nous refusons d’examiner cet espace, simplement, tranquillement, avec persévérance. Nous projetons nos opinions, nos idées, nos conclusions, nos formules à travers lui et, ce faisant, il n’existe plus d’espace. Cet espace est voilé par notre passé, les souvenirs et les expériences d’autrefois. C’est pourquoi nous ne regardons jamais, nous n’écoutons jamais, nous ne sommes jamais tranquilles.
Donc, si vous le voulez bien, écoutez sans être hypnotisé – ce qui serait absurde et totalement immature –, sans acceptation ni refus. C’est de votre vie dont il s’agit et pas de la mienne. Il s’agit de votre souffrance, votre détresse, vos autorités, votre désespoir, tout le terrible malheur et l’ennui de la vie.
Krishnamurti
Bombay – 1er mars 1964